Dans ce livre
écrit en 2002, Laurent Chemla faisait preuve d'une clairvoyance assez étonnante.
Voici quelques extraits qui sont d'une troublante actualité...
Sur la musique en ligne et le téléchargement
Dans le chapite l'invention du téléporteur
Il leur sera nécessaire de réapprendre un métier de sélection, de classement
et d'aide à la création pour offrir aux artistes et à leur public une valeur
ajoutée qui ne dépendra plus de leur seule puissance commerciale.
Nous assistons peut-être à la fin des industries dont le seul rôle était de
médiatiser un contenu sans autre talent que la puissance financière. Pour
survivre, elles devront offrir bien davantage car dorénavant, avec l'Internet,
l'auteur dispose de tous les moyens de sa propre médiatisation.
Dans le chapitre la fin
des dinosaures
Affirmer que le piratage va empêcher toute création, c'est faire preuve, au
choix, d'un grand humour ou d'une certaine malhonnêteté. Le MP3 n'est pas
dangereux pour les artistes, en revanche l'Internet et la libre diffusion de la
musique par ses créateurs sont une véritable menace pour l'industrie du
disque.
Sur la dangerosité d'Internet
Dans le chapitre Liberté, égalité, responsabilité
Et d'ailleurs, les récents événements l'ont bien montré puisque, selon nos
gouvernements et sans qu'aucune preuve n'en ait été fournie, c'est bien sur
Internet qu'ont été préparés les attentats du 11 septembre 2001. On imagine
mal, en effet, que de telles horreurs puissent se passer sans qu'il en soit la
cause! Le téléphone, le fax, le papier, les cutters, les avions et les
chaussures n'ayant eu aucune part dans ces opérations suicides, c'est
évident
Pourtant, l'Internet a ceci de particulier que, lorsqu'on y constate un
délit, on cherche systématiquement un intermédiaire technique capable d'y
mettre fin, sans jugement, sans garantie des droits de celui ou celle que l'on
souhaite faire taire.
Sur l'identité numérique
Les participants aux forums de discussion s'inquiètent souvent que, des
années plus tard, n'importe qui et, notamment, des employeurs potentiels
puissent retrouver la trace de leurs écrits. Cette inquiétude est légitime,
même si une entreprise n'a légalement pas le droit de faire de discrimination à
l'embauche en se fondant sur les opinions d'un candidat. Mais on n'empêche pas
une infraction en refusant d'assumer ses responsabilités. Ce n'est pas parce
que vous utiliserez un pseudonyme que vous combattrez le comportement de
l'employeur qui fouille votre passé politique avant de signer votre contrat. Et
je ne suis pas sûr que vous aimeriez travailler pour lui, même si vous vous
êtes protégé contre une éventuelle discrimination. Il me semble au contraire
que c'est en assumant vos propos que vous gagnerez le droit de vivre dans une
société plus juste.
Assumer la responsabilité de ses opinions et éviter d'avoir à subir un
préjudice illégal parce que l'on assume ses idées sont deux problèmes
distincts. Si Renaud Camus (l'auteur de La Campagne de France dont certains
passages antisémites ont déclenché une vive polémique au printemps 2000) venait
un jour me demander de l'embaucher, je refuserais certainement d'accorder plus
qu'un regard outragé à son curriculum vitae. Il ne fait aucun doute non plus
que, assumant mes responsabilités, je lui dirai pourquoi je rejette sa
candidature. Et il va de soi, qu'il aurait dès lors parfaitement le droit de me
poursuivre en justice. Est-ce une raison pour que Renaud Camus cesse de publier
ses opinions? Est-ce une raison pour qu'il le fasse caché derrière un vrai
prête-nom dont on suppose qu'il ne risquera jamais d'avoir à chercher un job?
Je ne vais pas me faire que des amis avec ce livre, c'est certain. Peut-être
devrais-je le publier sous un pseudonyme pour ne pas avoir à dissimuler mes
opinions devant mes proches? Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre,
dans un monde où il faudrait se cacher pour parler de peur d'avoir à assumer?
Risquer qu'on vous renvoie un jour votre passé public à la figure, c'est une
responsabilité énorme dont il faut prendre conscience quand on pianote sur son
clavier
Sur le contrôle du réseau
Nous avons donc créé l'Association des utilisateurs de l'Internet qui, dès
ses débuts, s'est retrouvée confrontée à un texte de loi rédigé par François
Fillon, alors ministre de la Communication, et qui prétendait créer un «Conseil
supérieur de l'Internet» chargé, déjà, de dicter aux intermédiaires les filtres
à appliquer, les sites à censurer, les contenus à effacer.
En langage non administratif, le Conseil reconnaissait par ces mots que
l'accès à un nouveau moyen d'expression devait être garanti par l'État et que
ce dernier ne pouvait pas déléguer à un organisme administratif le soin de
faire appliquer le droit dans ce domaine sans aucun encadrement garantissant la
liberté d'expression de tous et dans le seul respect des lois existantes.
Dans le chapitre gouverner c'est
bâillonner
Bien sûr, nul ne peut imaginer une seule seconde qu'un terroriste puisse se
connecter directement à l'étranger (même l'Afghanistan dispose du téléphone)
pour échapper aux contraintes mises en place par les fournisseurs d'accès
français. Nul ne peut penser qu'un terroriste ira envoyer ses messages du
premier cybercafé venu ou, à l'instar des responsables des attentats du 11
septembre 2001, d'une bibliothèque publique. Personne ne conçoit non plus
qu'ils iront connecter leurs ordinateurs portables à la première cabine
téléphonique venue alors qu'il est si facile de le faire de leur domicile et
d'être fichés.