Bribes de révolution numérique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 22 février 2009

La semaine prise de net

Voici une semaine animée et agitée sur Internet à propos d'Internet...

Première partie, les droits d'auteur

Deuxième partie, le filtrage d'Internet

  • On connaissait déjà les listes noires
  • Voici venu le temps des listes blanches, on n'arrête pas le progrès
  • Réponse en deux temps sur le Standblog, et , les commentaires valent aussi le coup d'être lu
  • Voir aussi ce billet

Troisième partie, Facebook modifie ses conditions générales d'utilisation et revient en arrière le temps de trouver une meilleur formule. Cette rebellion bienvenue démontre une nouvelle fois le pouvoir que peuvent avoir les internautes.

Et un dernier pour la route, la fibre optique ne sert à rien, sauf à pirater. C'est m'sieur Billaut qui doit être content... PCInpact a lieu la brillante idée de lancer un Vivendithon pour aider ces braves gens.

dimanche 8 février 2009

Place de la toile : Internet en Iran

Cette place de la toile est principalement consacrée à l'Iran, pays de près de 70 millions d'habitants dont 65% ont moins de 25 ans. Le pays compte un tiers d'internautes et environ 700 000 blogs. Le blogistan, comme est surnommée cette blogsphère iranienne, est un laboratoire démocratique. Conduira-t-il a une deuxième révolution ? Depuis 8 ans, cette société s'est connectée. En effet, depuis 2001 la langue perse est disponible sur le réseau et est la 10ème langue la plus utilisée sur le réseau. Le pouvoir s'est aussi mis à Internet, avec par exemple le blog de Mahmoud Ahmadinejad créé en 2006. Que peut faire ce pouvoir autoritaire face à l'expression multiple d'un partie de la population ?

Comment est connectée l'Iran ? Kavé Salamatian expose la difficulté de cette mesure sur Internet en général donc aussi en Iran. On a malgré tout deux sources de statistiques. La première est interne avec l'organisme iranien de statistiques qui sous estime les chiffres. La deuxième est externe et donne pour 2008 entre 20 et 21 millions d'internautes, soit à peu près un tiers de la population. L'usage d'Internet est très fréquent, pour les démarches administratives par exemple et des accès sont disponibles partout.

La journaliste Hamdam Mostafavi décrit les différents types de site que l'on trouve sur la toile iranienne. Journaux, webzines (qui ont peu de moyens et utilisent donc le web) et blogs parlent peu de politique vu que la prison attend les contestataires. Les thèmes s'orientent donc vers la poésie, la littérature, le cinéma, etc. Cela ressemble donc à ce qu'on trouve ailleurs sauf que le contexte donne un ton politique aux problèmes de la vie quotidienne. Les bloggeurs sont également des bloggeuses qui racontent leur vie sans être nécessairement militant. On trouve également des représentants du pouvoir sur la toile qui servent de contre feux comme le fait remarquer Thomas Baumgartner.

Est-il facile d'ouvrir un blog en Iran ? Oui, répond Karim Lahidji, on peut écrire ce qu'on veut, c'est après que les problèmes arrivent. La limitation du débit à 128 ko/s a plutôt pour but de décourager les internautes par la lenteur qu'autre chose. De toute façon cela ne pose pas de problèmes pour la consultation des blogs.

Kavé Salamatian explique que le pouvoir n'a pas les moyens de tout contrôler. Ainsi, on dénombre entre 20 et 30 millions de SMS envoyés entre 22h et 3h du matin. Le contrôle du réseau est très difficile et demande une infrastructure très importante ainsi que beaucoup de main d'œuvre. Ce qui se fait en Chine ne peut pas être reproduit facilement ailleurs, en l'occurrence en Iran. A un auditeur qui pose la question via Twitter, il répond que la Chine n'exporte pas sa technologie de filtrage.

Hamdam Mostafavi évoque le cas du bloggeur Hoder qui a lancé son blog Editor: myself en 2001 depuis le Canada. Il a été arrêté en novembre en retournant en Iran, depuis on est sans nouvelles de lui. Karim Lahidji donne aussi le cas de 4 journalistes bloggers qui ont été condamnés à deux ou trois ans de prison et des coups de fouets. Ils ont réussi à fuir mais ne peuvent pas rentrer car ils devraient purger leur peine. Le motif des condamnation est "Activité ou propagande contre la sûreté ou la sécurité de l'Etat". Cette définition vague ouvre la porte à l'arbitraire. Il faut bien avoir à l'esprit que règne en Iran une oligarchie cléricale. En plus des trois pouvoirs, il y a le guide suprême. Le président élu a plutôt le rôle du premier ministre chez nous. En Iran il n'y a pas de radio ou de télévision privée. Le guide contrôle la police et 6 mollahs ont le droit de véto sur les lois si jamais elles ne sont pas en conformité avec la charia. De même, le chef du pouvoir judiciaire est nommé par le guide, il s'agit donc d'une justice politique. La répression s'est aggravée ces dernières années. Par exemple, un projet de loi sur la presse proposé par Khatami a été refusé par le guide avant même son passage au parlement ou encore ce projet de loi de juillet 2008 qui condamne à la peine de mort les bloggeurs qui font la promotion de la corruption, de la pornographie ou de l'apostasie.

Les blogs sont une réponse à la chape institutionnelle précise Hamdam Mostafavi. En parallèle, l'aggravation de la répression vise à faire des exemples étant donné que le gouvernement ne peut pas tout contrôler. Les blogs de la diaspora ont évidemment une connotation plus politique que les blogs locaux. Malgré tout, les revendications juridico-sociales qui sont sanctionnées prennent un tour politique. C'est le cas de ces femmes fans de foot qui se sont organisées via Internet pour assister à un match de façon clandestine, la mixité étant interdite. De même, lorsque les journaux indépendants ont été fermés, Internet est devenu l'endroit possible d'expression.

Caroline Broué parle de schizophrénie sociale pour décrire cette société ou les gens utilisent différents masques en fonction des circonstances. Pour Kavé Salamatian c'est un jeu de rôle social où les iraniens s'adaptent. Le trafic sur les tchats, le volume des SMS ou encore l'activité sur les réseaux sociaux (à un moment les iraniens étaient la deuxième nationalité sur Orkut derrière les brésiliens) montrent qu'Internet permet de sortir de ces marques. On peut même y voir la vraie Iran, d'ailleurs les iraniens ont l'habitude d'être déconnectés de leur gouvernement. Les iraniens sont très éduqués, le nombre de gens qui ont fait des études supérieures est plus important que la sommes des autres pays du moyen orient et 65% des étudiants sont des étudiantes. Thomas Baumgartner souligne que l'Iran fabrique ses propres hackers. L'Iran exporte même ses hackers rebondit Kavé Salamatian qui donne l'exemple de sa promotion de 20 personnes dont 19 sont docteurs et 18 vivent à l'étranger.

Est-ce que la deuxième révolution viendra par le réseau ? Pour Karim Lahidji, les réfugiés et la nouvelle génération sur place se sont emparés du réseau et Internet pourrait être le vecteur d'une nouvelle expression. Hamdam Mostafavi nuance car les jeunes ne sont pas très intéressés par la politique. Kavé Salamatian décode que le mot même de révolution à une connotation négative en Iran. Mais oui pour Internet comme lieu d'expression et source des réformes ; ce qui fait peur au gouvernement. D'ailleurs le blog de Mahmoud Ahmadinejad n'est plus actualisé ce qui traduit une utilisation de communication politique à l'ancienne.

Pour terminer sur l'Iran, Thomas Baumgartner cite un extrait d'un ancien article du New-York Times : "L'introduction du télégraphe en Iran dans les premières années du vingtième siècle a contribué au déclenchement de la première révolution contre le régime despotique de la dynastie Kadjar, celle du téléphone et des cassettes dans les années soixante-dix a aidé l' ayatollah Khomeini a lancer se révolution contre le Shah, aujourd'hui le réseau Internet et la télévision par satellite son arrivés en Iran offrant de nouveaux appétits à la troisième génération d'iranien.

La deuxième partie de l'émission aborde le projet de loi Hadopi qui devrait bientôt être voté selon le souhait du président de la république. Philippe Aigrain dont le livre Internet & Création vient de sortir affirme que ce projet de loi n'est pas approprié au monde d'aujourd'hui. En effet l'écosystème de l'Internet ne peut pas être comparé au monde physique. Si l'on souhait reprendre ce modèle, ce ne pourrait être qu'au prix d'atteinte aux libertés massives. Il propose de mettre en place une contribution créative qui serait payée avec l'abonnement Internet. A la différence de la licence globale qui a échoué en 2005, elle serait obligatoire. Ce financement mutualisé d'un montant de 3 à 7 euros permet de passer d'un mode de téléchargement non autorisé à un partage qui au final conduit à un enrichissement de la culture.

lundi 26 janvier 2009

Voleur peut-être mais sûrement clairvoyant

Dans ce livre écrit en 2002, Laurent Chemla faisait preuve d'une clairvoyance assez étonnante. Voici quelques extraits qui sont d'une troublante actualité...

Sur la musique en ligne et le téléchargement

Dans le chapite l'invention du téléporteur

Il leur sera nécessaire de réapprendre un métier de sélection, de classement et d'aide à la création pour offrir aux artistes et à leur public une valeur ajoutée qui ne dépendra plus de leur seule puissance commerciale.

Nous assistons peut-être à la fin des industries dont le seul rôle était de médiatiser un contenu sans autre talent que la puissance financière. Pour survivre, elles devront offrir bien davantage car dorénavant, avec l'Internet, l'auteur dispose de tous les moyens de sa propre médiatisation.

Dans le chapitre la fin des dinosaures

Affirmer que le piratage va empêcher toute création, c'est faire preuve, au choix, d'un grand humour ou d'une certaine malhonnêteté. Le MP3 n'est pas dangereux pour les artistes, en revanche l'Internet et la libre diffusion de la musique par ses créateurs sont une véritable menace pour l'industrie du disque.

Sur la dangerosité d'Internet

Dans le chapitre Liberté, égalité, responsabilité

Et d'ailleurs, les récents événements l'ont bien montré puisque, selon nos gouvernements et sans qu'aucune preuve n'en ait été fournie, c'est bien sur Internet qu'ont été préparés les attentats du 11 septembre 2001. On imagine mal, en effet, que de telles horreurs puissent se passer sans qu'il en soit la cause! Le téléphone, le fax, le papier, les cutters, les avions et les chaussures n'ayant eu aucune part dans ces opérations suicides, c'est évident

Pourtant, l'Internet a ceci de particulier que, lorsqu'on y constate un délit, on cherche systématiquement un intermédiaire technique capable d'y mettre fin, sans jugement, sans garantie des droits de celui ou celle que l'on souhaite faire taire.

Sur l'identité numérique

Les participants aux forums de discussion s'inquiètent souvent que, des années plus tard, n'importe qui et, notamment, des employeurs potentiels puissent retrouver la trace de leurs écrits. Cette inquiétude est légitime, même si une entreprise n'a légalement pas le droit de faire de discrimination à l'embauche en se fondant sur les opinions d'un candidat. Mais on n'empêche pas une infraction en refusant d'assumer ses responsabilités. Ce n'est pas parce que vous utiliserez un pseudonyme que vous combattrez le comportement de l'employeur qui fouille votre passé politique avant de signer votre contrat. Et je ne suis pas sûr que vous aimeriez travailler pour lui, même si vous vous êtes protégé contre une éventuelle discrimination. Il me semble au contraire que c'est en assumant vos propos que vous gagnerez le droit de vivre dans une société plus juste.

Assumer la responsabilité de ses opinions et éviter d'avoir à subir un préjudice illégal parce que l'on assume ses idées sont deux problèmes distincts. Si Renaud Camus (l'auteur de La Campagne de France dont certains passages antisémites ont déclenché une vive polémique au printemps 2000) venait un jour me demander de l'embaucher, je refuserais certainement d'accorder plus qu'un regard outragé à son curriculum vitae. Il ne fait aucun doute non plus que, assumant mes responsabilités, je lui dirai pourquoi je rejette sa candidature. Et il va de soi, qu'il aurait dès lors parfaitement le droit de me poursuivre en justice. Est-ce une raison pour que Renaud Camus cesse de publier ses opinions? Est-ce une raison pour qu'il le fasse caché derrière un vrai prête-nom dont on suppose qu'il ne risquera jamais d'avoir à chercher un job? Je ne vais pas me faire que des amis avec ce livre, c'est certain. Peut-être devrais-je le publier sous un pseudonyme pour ne pas avoir à dissimuler mes opinions devant mes proches? Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre, dans un monde où il faudrait se cacher pour parler de peur d'avoir à assumer? Risquer qu'on vous renvoie un jour votre passé public à la figure, c'est une responsabilité énorme dont il faut prendre conscience quand on pianote sur son clavier

Sur le contrôle du réseau

Nous avons donc créé l'Association des utilisateurs de l'Internet qui, dès ses débuts, s'est retrouvée confrontée à un texte de loi rédigé par François Fillon, alors ministre de la Communication, et qui prétendait créer un «Conseil supérieur de l'Internet» chargé, déjà, de dicter aux intermédiaires les filtres à appliquer, les sites à censurer, les contenus à effacer.

En langage non administratif, le Conseil reconnaissait par ces mots que l'accès à un nouveau moyen d'expression devait être garanti par l'État et que ce dernier ne pouvait pas déléguer à un organisme administratif le soin de faire appliquer le droit dans ce domaine sans aucun encadrement garantissant la liberté d'expression de tous et dans le seul respect des lois existantes.

Dans le chapitre gouverner c'est bâillonner

Bien sûr, nul ne peut imaginer une seule seconde qu'un terroriste puisse se connecter directement à l'étranger (même l'Afghanistan dispose du téléphone) pour échapper aux contraintes mises en place par les fournisseurs d'accès français. Nul ne peut penser qu'un terroriste ira envoyer ses messages du premier cybercafé venu ou, à l'instar des responsables des attentats du 11 septembre 2001, d'une bibliothèque publique. Personne ne conçoit non plus qu'ils iront connecter leurs ordinateurs portables à la première cabine téléphonique venue alors qu'il est si facile de le faire de leur domicile et d'être fichés.

lundi 19 janvier 2009

Surexposition réticulaire

Voila ce qui arrive quand on s'aventure imprudemment sur le web. Apparemment le Marc en question, prévenu par un collègue, a mal vécu ce portrait... Cet article qui a fait le tour du web (au moins francophone) est une impressionnante leçon qui nous invite à la prudence. Et pourtant, l' identité numérique est la condition sine qua non ne serait-ce que pour expérimenter tous ces outils... En ce qui me concerne, j'opte pour l'utilisation de pseudos différents selon les sites, on ne sait jamais.

dimanche 20 juillet 2008

Musique numérique, les acteurs

Le projet de loi Hadopi est sous les feux de la rampe.

Deux émissions récentes de France Culture, place de la toile et science publique m'ont permis d'identifier quelques acteurs de ce sujet brulant. Voici une liste qui s'enrichira au fil du temps.

MAJ 18/12/2008 : La liste est désormais mise àjour dans la page spécifique.

dimanche 29 juin 2008

Question prématurée sur la musique dématérialisée

Un beau jour, bientôt j'espère, nous pourrons acheter (presque) toute la musique que nous voudrons au format électronique sans perte de qualité et sans DRM. Alors voila la question, si je veux revendre ces fichiers d'occasion (le terme est techniquement impropre mais pratiquement compréhensible), pourrais-je le faire sur eBay comme je revends mes vieux CD ? Est-ce que ce sera légal ? Est-ce que je deviendrais alors un mini disquaire ? Si oui, les vendeurs habituels devront se démarquer par de nouveaux services.

MAJ le 15/12/2008 : C'est parti avec Bopadoo

vendredi 13 juin 2008

Téléchargement et cannabis

Le téléchargement (non autorisé) et le cannabis ont au moins deux points communs. Ils sont bien sur interdits et passibles de poursuites plus ou moins graves. Ils sont également (ou ont été) pratiqués par une part très importante de la population (la plus jeune). Pourquoi ces personnes se complaisent-elles dans l'illégalité ? La France si fière de sa démocratie mépriserait-t-elle ses propres lois ? A mon avis la réponse est très simple mais pas simpliste. Pour la simplicité, nos élites feignent d'ignorer la réalité. Cette dernière ne leur est pas inconnue, ils sont abreuvés de rapports permettant de la comprendre sous toutes ses coutures. Mais alors pourquoi feindre ? Là ça devient complexe. Peut-être par conservatisme électoral, la peur de perdre des voix. Peut-être par conservatisme social, jusque-là la société était organisée comme ça. Peut-être par conservatisme intellectuel, les jeunes ont toujours testé les limites. Peut-être par manque de courage politique. Peut-être en continuant des décisions absurdes au sens de Christian Morel. Que sais-je encore.

Le livre récent de Jean-Christophe Lagarde (dont je n'avais pas aimé le lâchage de Bayrou l'année dernière) aborde le sujet de la légalisation de la drogue. Je ne sais pas ce qu'il pense du téléchargement mais voila un peu de nouveauté. Je ne vais pas refaire le débat sur les drogue ici mais oui le cannabis est une drogue, tout comme l'alcool. Alors vendons du cannabis avec les taux de THC indiqués, comme le degré d'alcool sur les bouteilles. Contrôlons aussi les débit de cannabis comme les débit des boissons. Les beuveries ont lieu tout comme la fumette, messieurs les politiques ne soyez pas des autruches ! La légalisation aurait par ailleurs des aspects économiques intéressants. Au-delà de la création d'emploi, cela permettra d'encaisser un peu plus de TVA en ces temps de disette budgétaire :-) !

En ce qui concerne le téléchargement, je ne sais pas combien de lecteurs MP3 ont été vendu depuis cinq ans mais je pense que ça doit être impressionnant (sans compter les téléphones compatibles). Au sein de ces baladeurs, un infime pourcentage de titres acquis légalement. La situation est aussi ubuesque que de vendre des voitures en interdisant l'essence ! Je rêve d'un débat enflammé à l'assemblée nationale portant sur le meilleur moyen de propager le FLAC dans la société...