Bribes de révolution numérique

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dimanche 8 février 2009

Place de la toile : Internet en Iran

Cette place de la toile est principalement consacrée à l'Iran, pays de près de 70 millions d'habitants dont 65% ont moins de 25 ans. Le pays compte un tiers d'internautes et environ 700 000 blogs. Le blogistan, comme est surnommée cette blogsphère iranienne, est un laboratoire démocratique. Conduira-t-il a une deuxième révolution ? Depuis 8 ans, cette société s'est connectée. En effet, depuis 2001 la langue perse est disponible sur le réseau et est la 10ème langue la plus utilisée sur le réseau. Le pouvoir s'est aussi mis à Internet, avec par exemple le blog de Mahmoud Ahmadinejad créé en 2006. Que peut faire ce pouvoir autoritaire face à l'expression multiple d'un partie de la population ?

Comment est connectée l'Iran ? Kavé Salamatian expose la difficulté de cette mesure sur Internet en général donc aussi en Iran. On a malgré tout deux sources de statistiques. La première est interne avec l'organisme iranien de statistiques qui sous estime les chiffres. La deuxième est externe et donne pour 2008 entre 20 et 21 millions d'internautes, soit à peu près un tiers de la population. L'usage d'Internet est très fréquent, pour les démarches administratives par exemple et des accès sont disponibles partout.

La journaliste Hamdam Mostafavi décrit les différents types de site que l'on trouve sur la toile iranienne. Journaux, webzines (qui ont peu de moyens et utilisent donc le web) et blogs parlent peu de politique vu que la prison attend les contestataires. Les thèmes s'orientent donc vers la poésie, la littérature, le cinéma, etc. Cela ressemble donc à ce qu'on trouve ailleurs sauf que le contexte donne un ton politique aux problèmes de la vie quotidienne. Les bloggeurs sont également des bloggeuses qui racontent leur vie sans être nécessairement militant. On trouve également des représentants du pouvoir sur la toile qui servent de contre feux comme le fait remarquer Thomas Baumgartner.

Est-il facile d'ouvrir un blog en Iran ? Oui, répond Karim Lahidji, on peut écrire ce qu'on veut, c'est après que les problèmes arrivent. La limitation du débit à 128 ko/s a plutôt pour but de décourager les internautes par la lenteur qu'autre chose. De toute façon cela ne pose pas de problèmes pour la consultation des blogs.

Kavé Salamatian explique que le pouvoir n'a pas les moyens de tout contrôler. Ainsi, on dénombre entre 20 et 30 millions de SMS envoyés entre 22h et 3h du matin. Le contrôle du réseau est très difficile et demande une infrastructure très importante ainsi que beaucoup de main d'œuvre. Ce qui se fait en Chine ne peut pas être reproduit facilement ailleurs, en l'occurrence en Iran. A un auditeur qui pose la question via Twitter, il répond que la Chine n'exporte pas sa technologie de filtrage.

Hamdam Mostafavi évoque le cas du bloggeur Hoder qui a lancé son blog Editor: myself en 2001 depuis le Canada. Il a été arrêté en novembre en retournant en Iran, depuis on est sans nouvelles de lui. Karim Lahidji donne aussi le cas de 4 journalistes bloggers qui ont été condamnés à deux ou trois ans de prison et des coups de fouets. Ils ont réussi à fuir mais ne peuvent pas rentrer car ils devraient purger leur peine. Le motif des condamnation est "Activité ou propagande contre la sûreté ou la sécurité de l'Etat". Cette définition vague ouvre la porte à l'arbitraire. Il faut bien avoir à l'esprit que règne en Iran une oligarchie cléricale. En plus des trois pouvoirs, il y a le guide suprême. Le président élu a plutôt le rôle du premier ministre chez nous. En Iran il n'y a pas de radio ou de télévision privée. Le guide contrôle la police et 6 mollahs ont le droit de véto sur les lois si jamais elles ne sont pas en conformité avec la charia. De même, le chef du pouvoir judiciaire est nommé par le guide, il s'agit donc d'une justice politique. La répression s'est aggravée ces dernières années. Par exemple, un projet de loi sur la presse proposé par Khatami a été refusé par le guide avant même son passage au parlement ou encore ce projet de loi de juillet 2008 qui condamne à la peine de mort les bloggeurs qui font la promotion de la corruption, de la pornographie ou de l'apostasie.

Les blogs sont une réponse à la chape institutionnelle précise Hamdam Mostafavi. En parallèle, l'aggravation de la répression vise à faire des exemples étant donné que le gouvernement ne peut pas tout contrôler. Les blogs de la diaspora ont évidemment une connotation plus politique que les blogs locaux. Malgré tout, les revendications juridico-sociales qui sont sanctionnées prennent un tour politique. C'est le cas de ces femmes fans de foot qui se sont organisées via Internet pour assister à un match de façon clandestine, la mixité étant interdite. De même, lorsque les journaux indépendants ont été fermés, Internet est devenu l'endroit possible d'expression.

Caroline Broué parle de schizophrénie sociale pour décrire cette société ou les gens utilisent différents masques en fonction des circonstances. Pour Kavé Salamatian c'est un jeu de rôle social où les iraniens s'adaptent. Le trafic sur les tchats, le volume des SMS ou encore l'activité sur les réseaux sociaux (à un moment les iraniens étaient la deuxième nationalité sur Orkut derrière les brésiliens) montrent qu'Internet permet de sortir de ces marques. On peut même y voir la vraie Iran, d'ailleurs les iraniens ont l'habitude d'être déconnectés de leur gouvernement. Les iraniens sont très éduqués, le nombre de gens qui ont fait des études supérieures est plus important que la sommes des autres pays du moyen orient et 65% des étudiants sont des étudiantes. Thomas Baumgartner souligne que l'Iran fabrique ses propres hackers. L'Iran exporte même ses hackers rebondit Kavé Salamatian qui donne l'exemple de sa promotion de 20 personnes dont 19 sont docteurs et 18 vivent à l'étranger.

Est-ce que la deuxième révolution viendra par le réseau ? Pour Karim Lahidji, les réfugiés et la nouvelle génération sur place se sont emparés du réseau et Internet pourrait être le vecteur d'une nouvelle expression. Hamdam Mostafavi nuance car les jeunes ne sont pas très intéressés par la politique. Kavé Salamatian décode que le mot même de révolution à une connotation négative en Iran. Mais oui pour Internet comme lieu d'expression et source des réformes ; ce qui fait peur au gouvernement. D'ailleurs le blog de Mahmoud Ahmadinejad n'est plus actualisé ce qui traduit une utilisation de communication politique à l'ancienne.

Pour terminer sur l'Iran, Thomas Baumgartner cite un extrait d'un ancien article du New-York Times : "L'introduction du télégraphe en Iran dans les premières années du vingtième siècle a contribué au déclenchement de la première révolution contre le régime despotique de la dynastie Kadjar, celle du téléphone et des cassettes dans les années soixante-dix a aidé l' ayatollah Khomeini a lancer se révolution contre le Shah, aujourd'hui le réseau Internet et la télévision par satellite son arrivés en Iran offrant de nouveaux appétits à la troisième génération d'iranien.

La deuxième partie de l'émission aborde le projet de loi Hadopi qui devrait bientôt être voté selon le souhait du président de la république. Philippe Aigrain dont le livre Internet & Création vient de sortir affirme que ce projet de loi n'est pas approprié au monde d'aujourd'hui. En effet l'écosystème de l'Internet ne peut pas être comparé au monde physique. Si l'on souhait reprendre ce modèle, ce ne pourrait être qu'au prix d'atteinte aux libertés massives. Il propose de mettre en place une contribution créative qui serait payée avec l'abonnement Internet. A la différence de la licence globale qui a échoué en 2005, elle serait obligatoire. Ce financement mutualisé d'un montant de 3 à 7 euros permet de passer d'un mode de téléchargement non autorisé à un partage qui au final conduit à un enrichissement de la culture.

samedi 13 décembre 2008

C'est déjà ça

Vu ces derniers jours sur 01Net, les concerts de Raphaël sur clé USB et Paulo Coelho qui dit du bien du piratage des livres. Dans la même veine, Apple arrêterait les DRM

C'est agréable de voir ce genre d'actualité en ces temps d'HADOPI. Combien de temps allons-nous devoir attendre pour voir se multiplier les nouveaux usages (légaux) que rend possible la numérisation de la culture ? Des petits pas dans la bonne direction, c'est déjà ça.

dimanche 22 juin 2008

Quelques idées autour du livre "Comment le web change le monde"

Je fais suite à l'initiative originale de Transnets et publiant quelques idées que mon inspirées le livre.

Ce livre est une mine d'information, on ne compte plus les décryptages de concepts et les liens et les qui permettent de comprendre l'Internet du moment. D'où la grande difficulté de le commenter. Je vais donc me limiter certains éléments traités dans le livre.

Le Web 2.0. Je suis également assez circonspect sur cette expression. Internet est depuis toujours participatif. Depuis longtemps les newsgroups sont remplis par les utilisateurs. L'IRC, ancienne application, suppose par nature l'action des utilisateurs. C'est pareil pour le P2P qui n'a pas attendu le Web 2.0 pour connecter les internautes. A mon avis ce qui a changé et qui a été nommé Web 2.0, ce n'est pas la participation des internautes mais sa massification et sa facilité.

Les webacteurs. Ce mot sous-entend l'action des utilisateurs uniquement au niveau du web ce qui est à mon avis un peu limitatif. En effet, les utilisateurs d'Internet n'agissent pas seulement sur le web mais plus généralement sur le net (le meilleur exemple hors web est le P2P). C'est pourquoi je préfère le terme netacteur qui englobe tout Internet et a peut-être une plus grande pérennité dans le temps. Car si on peut-être certain que le net est encore là pour longtemps, on ne sais pas si le web sera toujours l'application principale dans les années à venir.

L'alchimie des multitudes. J'aime beaucoup cette expression, car elle ne dit rien du résultat que les multitudes vont produire. Du bon, du mauvais ou même du rien. Car si on imagine bien les aspects positifs ou négatifs, il ne faut pas oublier la possibilité (faible mais qui existe) que nous en resterons là. Dans cette hypothèse, la société ne serait pas beaucoup changé par rapport à son organisation actuelle.

Autour de la dynamique relationnelle, développée notamment à la page 36. je pense que les moteurs de recherches du même type que Google sont un cas à part au sein de cette dynamique. A l'inverse des autres sites ils profitent de cette dynamique indirectement. Par exemple, lorsque les internautes ajoutent des liens dans un commentaire sur un blog, ils ont bien conscience de rajouter du contenu (idem lorsqu'on met à jour Wikipedia) mais ne se disent pas "je vais améliorer la qualité des recherches de Google". Je crois qu'il y a deux façon d'utiliser cette dynamique, une manuelle (gestion par mots-clés comme dans delicious) et une autre automatique où ce sont les algorithmes qui parcourent les pages.

Crowdsourcing : un exemple récent est le concours d'applications lancé par Apple pour l'iPhone2. Apple promeut sa plateforme grâce au travail de gens externes à l'entreprise.

L'entreprise liquide : peu à peu les entreprises s'ouvrent. Je pense qu'un bon exemple est Reuters Messaging) qui est un outil de chat réservé au monde financier. On a une certaine ouverture sur l'extérieur (clients, contreparties...) et une garantie de contrôle car les utilisateurs du système doivent être déclarés à Reuters.

Les médias : je ne suis pas journaliste ni grand connaisseur du domaine mais je pense qu'on doit distinguer deux choses, l'information proprement dit et le traitement de l'information. Par exemple, "François Miterrand est mort" est l'information proprement dit et il y a après le traitement de cette information avec toutes sorte de livres, dossiers dans les magazines, émissions de télé, etc. Au niveau de l'Internet, on peut produire l'un et l'autre. Les messages sur Twitter concernant le séisme en Chine montre que l'information peut être produite de partout. Mais c'est n'est pas tous les jours que l'actualité chinoise se déverse dans Twitter. Je pense donc que les agences du type AFP ou Reuters survivront car elles produisent de l'information brute en continue. C'est d'ailleurs elles que paient les portails du type Yahoo pour remplir leurs pages actualité. En revanche, les médias qui traitent ces informations sont beaucoup plus en danger, à eux de prouver leur meilleure capacité à traiter cette information (valeur ajoutée ?), ce qui justifiera leur rémunération. Ces médias sont par exemple en concurrence avec certains blogs. Mais l'ensemble des blogs n'est pas exhaustif. Par exemple, les blogs MonPuteaux ou Asnierois offrent une richesse d'informations plus importante que les pages locales du Parisien (sans parler de l'aspect politique). En revanche il n'y a pas de blog de ce type à Levallois-Perret où l'information reste traditionnelle (c'est le même problème que dans Wikipedia, les sujets sont couverts de façon inégale alors qu'ils sont de même importance). C'est peut-être la chance (provisoire ?) des médias traditionnels.

J'aurais par ailleurs quelques remarques sur la forme (c'est plus facile ;-). Bien souvent les expressions anglaises ne sont pas traduites (cela commence d'entrée avec "never mistake motion from action" que les moins anglopiles auront du mal à traduire même avec l'aide de Google). J'ai aussi vu les deux orthographes d'Internet coexister, avec ou sans majuscule. Pour ma part je préfère avec majuscule car il n'y a en qu'un, un peu comme l'Etat français.

dimanche 18 mai 2008

Pour un site Internet par livre !

Les livres sont rarement des textes qui se suffisent à eux-mêmes, ils renvoient leurs lecteurs vers d'autres livres, blogs, films, sites Internet, articles... Pourquoi dans ce cas, trouve-t-on si peu de sites de livre ? Pour les films c'est presque naturel de voir l'adresse du site sur l'affiche mais pour les livres, point d'URL sur la couverture. Deux exemples de site de livre me viennent pourtant à l'esprit. Commençons par Fontes et codages, sur ce site on peut commenter le livre, voir la liste d'errata, télécharger du code source et on promettait même la recherche dans le texte de l'ouvrage, des liens en rapport avec le sujet. L'autre exemple auquel je pense est le blog de Et si c'était niais ?, ici il s'agit uniquement de commenter.

Dommage que cela soit si peu répandu. Et pourtant, qui n'a jamais fait une recherche sur le net pour creuser une note de page ? Ou bien pour regarder les autres livres de l'auteur ? Ou alors pour chercher les sites qui parlent de ce livre ? Ou encore pour trouver des livres sur le même thème ? Et puis cela permettrait aussi de parler d'un livre sans faire l'inévitable lien sur Amazon (comme je vais faire dans ce billet ;-).

Alors quelle solution ? Un blog par livre ? Un portail par thème ? Un wiki ?

A défaut de solution évidente, les fonctionnalités du service pourraient être les suivantes :

  • actualité du livre et / ou de l'auteur (passage télé, articles magazines, émissions de radio...)
  • liste de liens en rapport avec le livre
  • possibilité de feuilleter quelques pages comme chez Amazon (exemple Blog story)
  • possibilité éventuelle de téléchargement l'introduction, le sommaire ou un chapitre entier comme chez Eyrolles (exemple L'identité numérique en question
  • liste d'errata
  • index et notes du livre
  • liste de suggestions des lecteurs (sur le fond, la forme, le thème, la position de l'auteur...)
  • si vous avez aimez ce livre, vous aimerez...
  • bibliographie de l'auteur