Cette place de la toile est principalement consacrée à l'Iran, pays de près de 70 millions d'habitants dont 65% ont moins de 25 ans. Le pays compte un tiers d'internautes et environ 700 000 blogs. Le blogistan, comme est surnommée cette blogsphère iranienne, est un laboratoire démocratique. Conduira-t-il a une deuxième révolution ? Depuis 8 ans, cette société s'est connectée. En effet, depuis 2001 la langue perse est disponible sur le réseau et est la 10ème langue la plus utilisée sur le réseau. Le pouvoir s'est aussi mis à Internet, avec par exemple le blog de Mahmoud Ahmadinejad créé en 2006. Que peut faire ce pouvoir autoritaire face à l'expression multiple d'un partie de la population ?
Comment est connectée l'Iran ? Kavé Salamatian expose la difficulté de cette mesure sur Internet en général donc aussi en Iran. On a malgré tout deux sources de statistiques. La première est interne avec l'organisme iranien de statistiques qui sous estime les chiffres. La deuxième est externe et donne pour 2008 entre 20 et 21 millions d'internautes, soit à peu près un tiers de la population. L'usage d'Internet est très fréquent, pour les démarches administratives par exemple et des accès sont disponibles partout.
La journaliste Hamdam Mostafavi décrit les différents types de site que l'on trouve sur la toile iranienne. Journaux, webzines (qui ont peu de moyens et utilisent donc le web) et blogs parlent peu de politique vu que la prison attend les contestataires. Les thèmes s'orientent donc vers la poésie, la littérature, le cinéma, etc. Cela ressemble donc à ce qu'on trouve ailleurs sauf que le contexte donne un ton politique aux problèmes de la vie quotidienne. Les bloggeurs sont également des bloggeuses qui racontent leur vie sans être nécessairement militant. On trouve également des représentants du pouvoir sur la toile qui servent de contre feux comme le fait remarquer Thomas Baumgartner.
Est-il facile d'ouvrir un blog en Iran ? Oui, répond Karim Lahidji, on peut écrire ce qu'on veut, c'est après que les problèmes arrivent. La limitation du débit à 128 ko/s a plutôt pour but de décourager les internautes par la lenteur qu'autre chose. De toute façon cela ne pose pas de problèmes pour la consultation des blogs.
Kavé Salamatian explique que le pouvoir n'a pas les moyens de tout contrôler. Ainsi, on dénombre entre 20 et 30 millions de SMS envoyés entre 22h et 3h du matin. Le contrôle du réseau est très difficile et demande une infrastructure très importante ainsi que beaucoup de main d'œuvre. Ce qui se fait en Chine ne peut pas être reproduit facilement ailleurs, en l'occurrence en Iran. A un auditeur qui pose la question via Twitter, il répond que la Chine n'exporte pas sa technologie de filtrage.
Hamdam Mostafavi évoque le cas du bloggeur Hoder qui a lancé son blog Editor: myself en 2001 depuis le Canada. Il a été arrêté en novembre en retournant en Iran, depuis on est sans nouvelles de lui. Karim Lahidji donne aussi le cas de 4 journalistes bloggers qui ont été condamnés à deux ou trois ans de prison et des coups de fouets. Ils ont réussi à fuir mais ne peuvent pas rentrer car ils devraient purger leur peine. Le motif des condamnation est "Activité ou propagande contre la sûreté ou la sécurité de l'Etat". Cette définition vague ouvre la porte à l'arbitraire. Il faut bien avoir à l'esprit que règne en Iran une oligarchie cléricale. En plus des trois pouvoirs, il y a le guide suprême. Le président élu a plutôt le rôle du premier ministre chez nous. En Iran il n'y a pas de radio ou de télévision privée. Le guide contrôle la police et 6 mollahs ont le droit de véto sur les lois si jamais elles ne sont pas en conformité avec la charia. De même, le chef du pouvoir judiciaire est nommé par le guide, il s'agit donc d'une justice politique. La répression s'est aggravée ces dernières années. Par exemple, un projet de loi sur la presse proposé par Khatami a été refusé par le guide avant même son passage au parlement ou encore ce projet de loi de juillet 2008 qui condamne à la peine de mort les bloggeurs qui font la promotion de la corruption, de la pornographie ou de l'apostasie.
Les blogs sont une réponse à la chape institutionnelle précise Hamdam Mostafavi. En parallèle, l'aggravation de la répression vise à faire des exemples étant donné que le gouvernement ne peut pas tout contrôler. Les blogs de la diaspora ont évidemment une connotation plus politique que les blogs locaux. Malgré tout, les revendications juridico-sociales qui sont sanctionnées prennent un tour politique. C'est le cas de ces femmes fans de foot qui se sont organisées via Internet pour assister à un match de façon clandestine, la mixité étant interdite. De même, lorsque les journaux indépendants ont été fermés, Internet est devenu l'endroit possible d'expression.
Caroline Broué parle de schizophrénie sociale pour décrire cette société ou les gens utilisent différents masques en fonction des circonstances. Pour Kavé Salamatian c'est un jeu de rôle social où les iraniens s'adaptent. Le trafic sur les tchats, le volume des SMS ou encore l'activité sur les réseaux sociaux (à un moment les iraniens étaient la deuxième nationalité sur Orkut derrière les brésiliens) montrent qu'Internet permet de sortir de ces marques. On peut même y voir la vraie Iran, d'ailleurs les iraniens ont l'habitude d'être déconnectés de leur gouvernement. Les iraniens sont très éduqués, le nombre de gens qui ont fait des études supérieures est plus important que la sommes des autres pays du moyen orient et 65% des étudiants sont des étudiantes. Thomas Baumgartner souligne que l'Iran fabrique ses propres hackers. L'Iran exporte même ses hackers rebondit Kavé Salamatian qui donne l'exemple de sa promotion de 20 personnes dont 19 sont docteurs et 18 vivent à l'étranger.
Est-ce que la deuxième révolution viendra par le réseau ? Pour Karim Lahidji, les réfugiés et la nouvelle génération sur place se sont emparés du réseau et Internet pourrait être le vecteur d'une nouvelle expression. Hamdam Mostafavi nuance car les jeunes ne sont pas très intéressés par la politique. Kavé Salamatian décode que le mot même de révolution à une connotation négative en Iran. Mais oui pour Internet comme lieu d'expression et source des réformes ; ce qui fait peur au gouvernement. D'ailleurs le blog de Mahmoud Ahmadinejad n'est plus actualisé ce qui traduit une utilisation de communication politique à l'ancienne.
Pour terminer sur l'Iran, Thomas Baumgartner cite un extrait d'un ancien article du New-York Times : "L'introduction du télégraphe en Iran dans les premières années du vingtième siècle a contribué au déclenchement de la première révolution contre le régime despotique de la dynastie Kadjar, celle du téléphone et des cassettes dans les années soixante-dix a aidé l' ayatollah Khomeini a lancer se révolution contre le Shah, aujourd'hui le réseau Internet et la télévision par satellite son arrivés en Iran offrant de nouveaux appétits à la troisième génération d'iranien.
La deuxième partie de l'émission aborde le projet de loi Hadopi qui devrait bientôt être voté selon le souhait du président de la république. Philippe Aigrain dont le livre Internet & Création vient de sortir affirme que ce projet de loi n'est pas approprié au monde d'aujourd'hui. En effet l'écosystème de l'Internet ne peut pas être comparé au monde physique. Si l'on souhait reprendre ce modèle, ce ne pourrait être qu'au prix d'atteinte aux libertés massives. Il propose de mettre en place une contribution créative qui serait payée avec l'abonnement Internet. A la différence de la licence globale qui a échoué en 2005, elle serait obligatoire. Ce financement mutualisé d'un montant de 3 à 7 euros permet de passer d'un mode de téléchargement non autorisé à un partage qui au final conduit à un enrichissement de la culture.